Réseau social, tu perds ton sang froid !





Un titre d'article de 20 Minutes: "Cash Investigation/L'enseigne Lidl attaquée et parodiée sur les réseaux sociaux". Donc, si je comprends bien, à l'issue d'un procès à charge menée par France Télévisions (devise : la réussite économique, c'est louche, la dénoncer, c'est bien), des individus lambda ont décidé d'attaquer (sic) une enseigne sans lui donner la possibilité de se défendre. "Attaquer", comprenons baver et juger lâchement sans savoir : c'est le propre des réseauteurs sociaux, il suffit d'aller y faire un tour. 

Me, my selfie and I

Jusqu'ici, la maîtrise de soi-même, de ses émotions et de leur expression était considéré comme le must de la civilisation, au moins en Occident et en Asie. Pour les opinions insupportables qui n'engagent à rien, il y avait les comptoirs de bar et ça roulait. Avec les réseaux sociaux, on a ouvert les vannes : toutes les voix se valent et c'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'i faut fermer sa gueule. Au contraire, même : à lire les commentaires des "internautes", on pourrait croire qu'une impitoyable sélection a été mise en place pour regrouper ainsi autant d'incultes énervés dont la pensée est aussi médiocre que l'orthographe. Démocratie ? Il ne viendrait à l'idée de personne que tout le monde puisse devenir, du jour au lendemain, médecin, plombier ou commandant de bord. Mais journaliste, penseur, philosophe, commentateur ou critique, oui ! J'ai un cerveau, je sais écrire : l'expression de ma pensée est donc tout aussi légitime qu'une autre ! L'intelligence, ça n'existe pas : sinon ça veut dire qu'on n'est pas tous égaux, c'est discriminant, c'est déjà du fascisme. Et la culture, c'est un privilège de bourgeois : pas bien, non plus. D'où le nom du bidule : "réseau", ça veut dire sans hiérarchie, "social", ça veut dire "égalitaire de gauche". 

Les inventeurs d'eau chaude

Le résultat est à la mesure de l'intention : d'un côté, des ados milliardaires qui vendent leur sauce comme un élixir d'éternité ; de l'autre, des millions de naïfs qui inversent le cogito (je suis donc je pense) et lâchent, en toute impunité, leurs instincts à la gorge du premier mouton désigné par la meute. On ne peut même plus parler de lynchage : au moins, lors d'une exécution, même sommaire, il faut avoir le courage d'y aller, de regarder et d'assumer. Ici, point n'est besoin : caché sous un pseudo qui ne veut rien dire, le courageux réseauteur social tire à distance, façon sniper, et s'éclipse sans laisser de trace. Réflexe de meute, lâcheté de foule : si le réseau est social, c'est bien qu'il n'est pas individuel. Les "journalistes" l'ont bien compris et c'est ainsi qu'il les traite : comme des personnes à part entière, comme des institutions, comme des partis politiques, bref comme quelque chose qui existerait vraiment. Mais si 100 000 personnes consacrent 30 secondes de leur vie à saisir un commentaire en 150 signes sur tel ou tel sujet, qu'avons-nous à la fin ? Un immense cadavre pas exquis du tout ? C'est une bulle détachée de toute réalité qui vient danser sur le crâne de l'humanité. 

Les 10 millions de petits nègres

Sur le fond et la forme, c'est souvent plus proche des inscriptions salaces qu'on trouve sur les murs des toilettes que d'autre chose. C'est juste plus gros parce qu'ils sont plus nombreux. Mais la responsabilité est identiquement absente : aucun crime n'est vraiment jamais signé. Et c'est cela que les journalistes prennent au sérieux et relaient sans se poser de questions ? Ca ne leur vient pas à l'idée que le journalisme est soluble dans le réseau social ? Que prendre un réseau social pour un support d'information, c'est d'abord scier la branche sur laquelle le journalisme est endormi assis ? 

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